Écrans Mixtes revient à Lyon pour sa 16e édition, du 4 au 12 mars 2026, et investit plus d’une trentaine de lieux pour une centaine de séances. Festival protéiforme, il révèle les nombreuses facettes du cinéma queer — fictions intimes, documentaires militants, œuvres expérimentales — et invite le public à rencontrer des films souvent façonnés sous pression, parfois écartés des circuits dominants.
Aux commandes cette année : Olivier Leculier, président, et Ivan Mitifiot, directeur artistique. Leur programmation mêle avant‑premières, rétrospectives et propositions qui frottent les genres. L’ambition est double : répondre à l’urgence politique du moment tout en élargissant les publics — des cinéphiles avertis aux étudiant·e·s — et offrir un soutien concret aux auteur·rice·s par le biais de mentorat, de présentations et d’appuis à la diffusion.
La sélection se veut panoramique. L’équipe suit les grands festivals internationaux comme Cannes et Venise pour repérer les mouvements de fond, puis complète ce repérage par un travail de terrain : rencontres dans les milieux activistes, repérage de films indépendants et confiance accordée aux premières œuvres. Ce cocktail empêche les cases simplistes : une fiction léchée peut précéder un documentaire souterrain, une proposition politique peut dialoguer avec un récit intimiste. C’est précisément ce décloisonnement qui nourrit le débat.
Les critères de choix mêlent ambition artistique, portée sociale et exigence technique. Les programmateur·rice·s privilégient les films qui provoquent la réflexion, tout en prenant des risques sur des voix émergentes dont le parcours peut être transformé par une visibilité festival. La géographie des lieux et la construction des séances font aussi partie du travail curatoriel : où et quand un film est montré influence la réception et la discussion qui s’ensuit.
La carte géographique du festival s’élargit encore : la sélection 2026 rassemble des films venus de 31 pays, avec une présence marquée des Balkans. Beaucoup de ces films, majoritairement réalisés par des femmes, explorent mémoire collective, patriarcat et formes locales de résistance. Là où le contexte est plus dur, le cinéma se montre souvent plus vif et plus urgent.
Écrans Mixtes prend clairement position. Présenter un documentaire décolonial ou un film sur des communautés anarchistes est un acte éditorial assumé. Cette année marque aussi le lancement de La Fabrique queer, une section dédiée aux cinémas autoproduits et militants : documentaires sur la pornographie éthique, films sur les squats ou sur le punk queer y trouvent une vitrine — des œuvres rarement diffusées dans le circuit commercial.
La Fabrique queer mise sur de petits budgets et des démarches communautaires, et crée des temps de rencontre entre réalisateur·rice·s, militant·e·s et micro‑distributeurs. Le dispositif réclame des logistiques spécifiques et une promotion adaptée, mais il a le mérite de fédérer des publics fidèles et de mettre en lumière des pratiques marginales.
Le festival s’ouvrira sur La Foule de Sahand Kabiri, long métrage iranien qui dépeint des rassemblements clandestins sous la contrainte familiale et religieuse. Les enjeux géopolitiques contemporains irriguent les choix de programmation : de nombreux films en compétition lient identité queer et luttes plus vastes pour les libertés civiles. La sélection se lit autant comme un observatoire des tensions sociales que comme une célébration du cinéma.
Après seize ans, Écrans Mixtes peut compter sur un public fidèle et hétérogène — cinéphiles de longue date, communautés queer, étudiant·e·s et néophytes — ce qui permet d’oser des propositions exigeantes sans sacrifier la fréquentation. L’attention portée aux lieux de projection garantit aussi l’accessibilité et la sécurité nécessaires aux échanges.
Côté financement, le festival compose avec des subventions publiques, des dispositifs culturels et des soutiens privés. Partenariats avec institutions culturelles, associations de terrain et sponsors permettent d’assurer les lieux et les programmes. Pour renforcer son rayonnement international et inviter des invité·e·s, l’équipe diversifie ses ressources : Pass Culture, partenaires commerciaux et mécènes. Mastercard, par exemple, parraine le Grand Prix et un prix de distribution d’une valeur de 10 000 €, partagé entre le·la réalisateur·rice et un distributeur engagé à assurer une sortie nationale — une aide concrète pour prolonger la vie en salles de films qui risqueraient autrement de passer inaperçus.

